Le diagnostic de l'allergie
Mis à jour (Lundi, 02 Avril 2012 14:06)

Lorsque l’on soupçonne une allergie, il ne faut pas attendre.
Quel que soit le symptôme dont on souffre ou l’allergène que l’on suspecte, il existe des tests efficaces et indolores qui permettent de savoir si on est allergique et à quoi on réagit.
- QUAND FAUT-IL SUSPECTER UNE ALLERGIE ?
- COMMENT TROUVER LE BON MÉDECIN ?
- UNE ÉTAPE IMPORTANTE : L’ANAMNÈSE
- LE JOURNAL DES ALLERGIES
- LES DIFFÉRENTES INVESTIGATIONS
- À QUEL ÂGE PEUT-ON RÉALISER LES TESTS CUTANÉS POUR LES ALLERGIES ?
Au plus tôt au mieux, dit-on ? En matière d’allergie, c’est particulièrement vrai pour les bébés et les petits enfants car une intervention rapide permet d’éviter bien des souffrances. Contrairement à ce que l’on pense encore parfois, il ne faut pas attendre un certain âge avant de faire des tests...
En effet, il est beaucoup plus facile de combattre l’allergie et d’éviter les allergènes en cause, lorsque l’on connaît avec certitude ce à quoi on réagit. On peut ainsi éviter, notamment chez les enfants, qu’une allergie naissante ne se transforme en maladie chronique.
Les progrès dans ce domaine ont été très importants. Les tests permettent d’identifier de manière beaucoup plus efficace que par le passé les aliments responsables d’allergie. De plus, la gravité des symptômes est désormais précisée sur la base de critères uniformes définis dans des consensus médicaux sur l’asthme, la rhinite ou la dermatite atopique. Ainsi, un consensus international sur l’asthme a établi les étapes du diagnostic et du traitement de cette maladie. De même, pour l’eczéma, il existe désormais un « score européen » permettant de chiffrer l’importance des symptômes et d’évaluer de manière précise toute amélioration ou aggravation.
Un bon diagnostic est primordial. Sans cela, l’éviction des allergènes et les traitements risquent d’être inefficaces.
QUAND FAUT-IL SUSPECTER UNE ALLERGIE ?
Les symptômes habituels de l’allergie (rhinite, toux, conjonctivite, démangeaisons...) peuvent avoir d’autres causes. Certains faits peuvent mettre sur la voie de l’allergie :
- lorsque d’autres personnes de la famille souffrent d’allergie et cela, quels que soient les symptômes ou l’allergène en cause ;
- lorsqu’on a déjà eu des réactions allergiques dans le passé ;
- lorsque les problèmes reviennent chaque année à la même époque ou régulièrement dans certaines circonstances.
Il faut aussi se rappeler que les causes et les symptômes se conjuguent parfois de manière inattendue.
Ainsi, l’asthme peut être lié à une allergie alimentaire (lait, oeuf...) et l’eczéma, à une allergie aux acariens, moisissures...).
COMMENT TROUVER LE BON MÉDECIN ?
En Belgique, l’allergologie n’est pas une spécialité reconnue (comme le sont par exemple la cardiologie ou la pneumologie...). On ne sait pas toujours quel médecin consulter. Si les symptômes sont variés et touchent plusieurs organes (les yeux, la peau...), on hésite entre les différents spécialistes (ophtalmologue, dermatologue, pneumologue...) On choisit généralement en fonction du problème le plus gênant et on oublie parfois de parler au médecin des autres symptômes dont on souffre. On peut ainsi perdre du temps dans la mise au point de l’allergie. Plus on donne au médecin d’éléments d’information, plus le diagnostic sera facilité.
Régulièrement, des personnes s’adressent à nos associations pour avoir des adresses de médecins spécialisés en allergologie mais nous ne pouvons pas les informer car de telles listes n’existent pas. De plus, il ne nous appartient pas de faire une sélection ou un choix. Le mieux, c’est d’abord d’en parler au médecin traitant qui peut orienter vers un médecin allergologue ou un centre spécialisé. Si le dialogue n’est pas possible - refus de prescrire des tests, par exemple, sous prétexte que l’enfant serait trop jeune (et oui, cela arrive encore régulièrement d’après les témoignages reçus !) - on peut s’adresser à un établissement hospitalier et demander quel est le médecin le plus compétent en allergologie, en précisant bien les symptômes dont on souffre, par exemple : allergie alimentaire ou allergie aux médicaments, etc.
Il faut savoir que sur certains points, les médecins ne sont pas toujours d’accord entre eux. Certains sont plus enclins à pratiquer rapidement des tests alors que d’autres préfèrent utiliser d’abord un traitement qui soignent les symptômes.
UNE ÉTAPE IMPORTANTE : L’ANAMNÈSE
L’anamnèse, c’est-à-dire l’interrogatoire médical, demeure un outil d’investigation absolument nécessaire en allergie. Elle sert à orienter le diagnostic. Il est donc sage de noter vos observations pour ne rien oublier le jour de votre rendez-vous car le médecin aura certainement plusieurs questions à vous poser.
* Antécédents personnels et familiaux d’atopie :
- asthme
- allergie alimentaire
- allergie médicamenteuse
- allergie au latex
- dermatite atopique
- rhino-conjonctivite allergique.
* Description des symptômes actuels :
- où ? (circonstances)
- quand ?
- y a-t-il des variations saisonnières ?
- facteurs déclenchants ou aggravants
- depuis combien de temps ?
- fréquence des épisodes
- traitement déjà essayé.
* État de santé :
- autres maladies
- niveau d’activité
- suivi médical
- hospitalisation ou consultation dans un service d’urgence
- médicaments pris.
* Environnement (domicile et professionnel) :
- tabagisme
- animaux domestiques
- tapis, meubles rembourrés, rideaux, peluches
- plantes, moisissures.
Il faut réfléchir aussi à ce qui a changé dans la vie au moment de l’apparition des symptômes : déménagement, voyage, changement de travail, entrée à l’école... tous ces éléments peuvent orienter le diagnostic.
S’il s’agit d’une allergie alimentaire, d’autres éléments doivent être notés :
- diète et habitudes alimentaires
- aliment suspecté
-
- quantité ingérée
- temps entre ingestion et apparition des symptômes
- type de symptômes et durée
- facteurs précipitants (exercice, alcool) (1)
- répétition des symptômes avec le même aliment
- temps écoulé depuis dernier épisode
- médicament nécessaire
LE JOURNAL DES ALLERGIES
On réalise généralement dans ce cas ce qu’on appelle « l’enquête catégorielle alimentaire ». On demande à la personne de tenir un journal de bord pendant une à trois semaines, d’y noter tout ce qu’elle a consommé et de garder toutes les étiquettes des aliments achetés.
Les étiquettes sont importantes car parfois on n’imagine pas que tel ou tel ingrédient comme le lait, l’œuf ou l’arachide se trouve masqué dans un aliment que l’on consomme régulièrement.
EXAMEN PHYSIQUE
Le médecin s’attardera à la recherche de signes d’allergie en portant une attention particulière à l’examen des points suivants :
- paramètres de croissance lorsqu’il s’agit d’un enfant
- yeux, oreilles, nez et bouche
- cardio-pulmonaire
- abdomen
- peau.
LES DIFFÉRENTES INVESTIGATIONS
1) Tests cutanés
Les tests cutanés d’allergie constituent une méthode économique, rapide et très précise pour détecter la présence d’IgE (Immunoglobulines E) spécifiques et reflètent exactement le niveau d’IgE lié aux mastocytes, l’effecteur cellulaire principal dans la maladie allergique.
Pratiquement, on applique sur la peau de la personne une petite goutte d’un allergène afin de mettre cette substance en contact avec les tissus superficiels de la peau.
Le « prick-test » est le plus utilisé et consiste à faire une fine piqûre avec une aiguille ou un stylet de plastique à travers la goutte.
Le test intradermique, pour sa part, consiste à injecter l’antigène sous la peau à l’aide d’une petite seringue. Il est utile dans le diagnostic d’une allergie médicamenteuse et aux venins d’hyménoptères mais jamais pour l’allergie alimentaire.
Le « scratch-test » est plus rarement utilisé et consiste à faire une scarification superficielle de la peau puis à y déposer la goutte d’allergène pour faire pénétrer une partie du produit sous la peau.
Pour tous ces tests, on fait aussi un contrôle positif (histamine, codéine) (2) et négatif (diluant) afin de pouvoir comparer l’intensité de la réaction allergique éventuelle.
Les gouttes d’antigènes sont déposées sur l’avant-bras ou dans le dos et la réaction se lit après 10- 20 minutes. On note la taille de la papule (œdème = gonflement de la peau) et l’érythème (rougeur).
S’il y a allergie, la personne testée ressent très rapidement une démangeaison localisée à l’endroit où l’allergène responsable a été déposé.
Les symptômes disparaissent rapidement dans les heures qui suivent selon l’importance de la réaction. Il est très important d’avoir cessé de prendre tout anti-histaminique au moins une semaine avant les tests.
CAS PARTICULIERS DE LA DERMATITE ATOPIQUE
Le SCORAD (score global de gravité de la dermatite atopique) est un outil très utile pour le médecin, surtout pour le suivi des patients et les études cliniques, car il permet de préciser la gravité d’une dermatite atopique. Les critères objectifs consistent à déterminer l’étendue des lésions puis à évaluer l’intensité de l’érythème, œdème/papulation, suintement/croûtes, excoriation (grattage), lichénification (lésions chroniques) et sécheresse de la peau non atteinte. Les critères subjectifs tiennent compte de la diminution de sommeil et du prurit (démangeaison).
Cas particulier de la dermatite de contact
Les tests épicutanés (« patch-tests ») servent à dépister une allergie de contact, c’est-à-dire une réaction qui se produit sur la peau au contact d’un allergène. On utilise pour cela plusieurs bandes d’adhésifs sur lesquelles ont été appliquées des pastilles contenant divers allergènes. Ces adhésifs sont fixés sur la peau et, après 48 heures, on observe s’il y a eu une réaction. Les tests épicutanés doivent être réalisés en dehors d’une poussée allergique et nécessitent également l’arrêt des médicaments corticoïdes.
Si vous soupçonnez une allergie de contact, il est indispensable de noter tous les produits que vous suspectez (cosmétiques, tissus, métaux, produits d’entretien...) et de les signaler au médecin afin qu’il puisse les tester.
À QUEL ÂGE PEUT-ON RÉALISER LES TESTS CUTANÉS POUR LES ALLERGIES ?
Ces tests peuvent être réalisés d’une façon fiable dès qu’ils s’avèrent nécessaires, et ce sans limite d’âge.
Cas particulier des aliments
Les tests cutanés aux aliments sont exécutés à l’aide d’extraits commerciaux, fabriqués par des laboratoires spécialisés et disponibles sous forme de liquide. Pour les aliments moins communs, ou si un doute persiste, l’emploi d’aliments frais, aussi appelés « aliments natifs », est une méthode plus fiable, particulièrement pour les fruits et légumes.
Les tests cutanés sont faits, de préférence, lorsqu’il y a une histoire suggérant une allergie alimentaire.
Les tests aux aliments par dépistage, sans histoire médicale, peuvent mener à un grand nombre de faux positifs ou rendre complexe l’interprétation des résultats. En effet, un test cutané positif à un aliment avec une histoire médicale (réactions allergiques déjà connues) confirme une allergie dans plus de 90 % des cas, tandis qu’un test cutané négatif, avec une histoire médicale, élimine l’allergie d’origine IgE dans plus de 95 % des cas. Cependant, s’il y a test cutané positif, alors qu’il n’y a jamais eu de réaction allergique, il y a une chance sur deux pour que l’allergie soit inexistante, d’où la nécessité d’utiliser les tests de provocation.
2) Tests de provocation
Le principe des tests de provocation est de reproduire les symptômes de la réaction allergique en mettant le patient en contact avec l’allergène suspecté.
Test de provocation labiale
Sous surveillance médicale, on applique un morceau d’aliment frais sur la lèvre pendant 15 minutes puis on observe s’il y a réaction d’œdème, rougeur, ou démangeaison.
Test de provocation orale
Tel qu’expliqué précédemment, les tests cutanés ne sont pas fiables à 100 % surtout si l’histoire est douteuse.
On aura donc recours au test de provocation pour confirmer ou infirmer le diagnostic. Il est d’ailleurs considéré comme l’étalon or du diagnostic d’allergie alimentaire.
Il s’agit de présenter au patient, idéalement de façon aveugle, une petite quantité de l’aliment suspecté et d’observer, dans un délai de 20-30 minutes, l’apparition de symptômes.
Si c’est positif, on arrête immédiatement la procédure sinon, on augmente progressivement la quantité d’allergènes jusqu’à offrir l’aliment entier.
Ce test doit absolument être fait sous surveillance médicale car il comporte un risque de réaction nécessitant la présence de personnel qualifié et la mise à disposition de matériel approprié.
Test de provocation bronchique
Ce test est utilisé pour le diagnostic d’asthme. On doit faire inhaler au patient une quantité progressive de métacholine et évaluer par la suite sa fonction pulmonaire. Durant les épreuves de fonction respiratoire, on évalue aussi la réponse aux bronchodilatateurs. On peut aussi soumettre la personne à un exercice physique pour le diagnostic d’asthme d’effort.
3) Tests sanguins
IgE totaux
Les IgE (Immunoglobulines E) sont les anticorps impliqués dans les réactions allergiques. Leur présence en grande quantité peut témoigner d’une pathologie allergique.
Cependant, ils sont peu spécifiques et peuvent aussi se trouver en quantité élevée dans d’autres maladies.
Ils permettent de préciser l’existence d’une atopie mais ne peuvent, seuls, orienter sur le diagnostic précis.
IgE spécifiques
Les tests sanguins in vitro, de type RAST (Radio Allergo Sorbant Test) consistent à faire une prise de sang et déterminer si le sérum contient des anticorps spécifiques de l’allergie et contre quels allergènes ils sont orientés. Il n’est pas nécessaire d’être à jeun. Ces tests offrent un avantage si le patient a des lésions étendues de la peau ou s’il utilise des anti-histaminiques de façon chronique. Les résultats sont plus longs à obtenir que les tests cutanés immédiats, plus coûteux.
Attention ! Les tests d’allergie devront être refaits à intervalles plus ou moins réguliers en fonction de l’évolution des symptômes. L’allergie évolue avec le temps. De nouveaux allergènes peuvent apparaître et, à l’inverse, on peut devenir tolérants à des allergènes, notamment alimentaires, qu’on ne supportait pas. Le médecin appréciera à quel rythme les tests doivent être répétés.
QUE FAIRE EN CAS DE DERMATITE ATOPIQUE ?
La question nous est souvent posée.
Voici la réponse donnée par les Dr Rancé et Bidat dans le livre « Allergie alimentaire chez l’enfant », éd. Médecine & Enfance - 23, rue St-Ferdinand - 75017 Paris
« L’expérience des allergologues et des dermatologues permet de sélectionner les patients atteints de dermatite atopique à explorer. Il faut effectuer une enquête et des investigations allergologiques :
- pour les dermatites atopiques qui ne s’améliorent pas sous traitement conventionnel
- surtout en-dessous de l’âge de trois ans
- devant certaines situations détectées par l’interrogatoire. »
LA SITUATION IDÉALE
A partir des témoignages et de notre expérience personnelle, nous avons réfléchi à ce que devrait être la prise en charge idéale de l’allergie.
La première étape est bien sûr le diagnostic : savoir si on est allergique et à quoi.
La deuxième étape repose sur l’éviction : éviter autant que possible tout contact avec l’allergène qui provoque les problèmes ; informer toutes les personnes qui s’occupent de l’allergique (crèche, école, famille proche, mouvement de jeunesse...).
La troisième étape relève du traitement médical, kinésithérapeutique, etc.
Comme nous sommes des personnes, et non des machines, chaque étape soulève une série de problèmes, de résistances, d’interrogations.
Le simple fait de devoir accepter, pour soi-même ou son enfant, l’idée de souffrir d’une maladie chronique ne va pas de soi. Cela met en cause l’image que l’on a de soi-même. Cela bouleverse les habitudes alimentaires ou autres, la façon de vivre... sans parler de la discipline à instaurer, des traitements qui font peur, etc.
Il est donc essentiel d’avoir un bon contact avec le médecin.
Nombreux sont les parents qui nous appellent pour faire part de leur désarroi lorsqu’on a posé pour la première fois le diagnostic d’allergie chez leur enfant. Si le médecin pouvait prendre le temps d’expliquer et de rassurer, ce serait tellement plus facile.
La deuxième étape, l’éviction, ne va pas de soi. Il faut un minimum d’explications précises, d’informations, d’encouragements pour pouvoir la réussir.
Idéalement, tout diagnostic d’allergie aux acariens devrait être suivi d’une visite à domicile avec conseils individuels. Cela commence à se faire dans certaines régions.
De même, tout diagnostic d’allergie alimentaire devrait s’accompagner d’une consultation diététique remboursée par la sécurité sociale. La mise au point d’un régime n’est pas facile et beaucoup échouent par manque d’informations. L’échec engendre l’aggravation des symptômes et perturbe aussi la mise au point médicale : on croit s’être trompé alors que le diagnostic était sans doute exact ! Que de perte de temps, d’argent et de bien-être...
Bien sûr, toutes ces suggestions coûteraient à la sécurité sociale mais nous sommes persuadés qu’en les généralisant, on assisterait à une réduction des problèmes ultérieurs et on ferait des économies à long terme.
DOSSIER RÉALISÉ PAR M-J. Francoeur & S. Van Rokeghem
Oasis Allergies
Extrait OASIS n° 49, Décembre 2001
(1) Il faut savoir que le sport, l’alcool peuvent augmenter la réaction allergique : on a l’habitude de manger tel aliment sans problème mais si on fait du sport juste après, on réagit...
(2) c.-à-d. qu’on met de l’histamine qui provoque normalement systématiquement une réaction, même en cas de non-allergie ; cela permet de comparer et d’évaluer l’intensité de la réaction à l’allergène testé par ailleurs.








