Lorsque l’on soupçonne une allergie, il ne faut pas attendre.

Quel que soit le symptôme dont on souffre ou l’allergène que l’on suspecte, il existe des tests efficaces et indolores qui permettent de savoir si on est allergique et à quoi on réagit.

 Au plus tôt au mieux, dit-on ? En matière d’allergie, c’est particulièrement vrai pour les bébés et les petits enfants car une intervention rapide permet d’éviter bien des souffrances. Contrairement à ce que l’on pense encore parfois, il ne faut pas attendre un certain âge avant de faire des tests ; ceux-ci peuvent être réalisés chez le tout petit enfant, dès les premières heures ou premières semaines. Consultez un allergologue.

Il est beaucoup plus facile de combattre l’allergie et d’éviter les allergènes en cause, lorsque l’on connaît avec certitude ce à quoi on réagit. On peut ainsi éviter, notamment chez les enfants, qu’une allergie naissante ne se transforme en maladie chronique.

Les progrès dans ce domaine ont été très importants. Les tests permettent d’identifier de manière beaucoup plus efficace que par le passé les aliments responsables d’allergie. De plus, la gravité des symptômes est désormais précisée sur la base de critères uniformes définis dans des consensus médicaux sur l’asthme, la rhinite ou la dermatite atopique (eczéma). Ainsi, un consensus international sur l’asthme a établi les étapes du diagnostic et du traitement de cette maladie. De même, pour l’eczéma, il existe désormais un « score européen » permettant de chiffrer l’importance des symptômes et d’évaluer de manière précise toute amélioration ou aggravation.

Les questions qu'il faut se poser....

Quand faut-il suspecter une allergie ?

Les symptômes habituels de l’allergie (rhinite, toux, conjonctivite, démangeaisons...) peuvent avoir d’autres causes. Certains faits peuvent mettre sur la voie de l’allergie :

  • lorsque d’autres personnes de la famille souffrent d’allergie et cela, quels que soient les symptômes ou l’allergène en cause ;
  • lorsqu’on a déjà eu des réactions allergiques dans le passé ;
  • lorsque les problèmes reviennent chaque année à la même époque ou régulièrement dans certaines circonstances.

Il faut aussi se rappeler que les causes et les symptômes se conjuguent parfois de manière inattendue.  Ainsi, l’asthme peut être lié à une allergie alimentaire (lait, oeuf...) et l’eczéma, à une allergie aux acariens, moisissures...).

Qui consulter ?

On ne sait pas toujours quel médecin consulter... surtout si les symptômes sont variés et touchent plusieurs organes (les yeux, la peau...). On hésite souvent entre les différents spécialistes (ophtalmologue, dermatologue, pneumologue...) et on choisit généralement en fonction du problème le plus gênant et on oublie parfois de parler au médecin des autres symptômes dont on souffre.... On peut ainsi perdre du temps dans la mise au point de l’allergie. L’allergologue est un médecin (généraliste ou spécialiste d’organe) qui a suivi une formation complémentaire spécifique en allergologie. Il prend en charge tous les champs de la pathologie allergique (respiratoires, cutanées, alimentaires, médicamenteuses, les venins).

En cas de symptômes, la meilleure chose à faire est de consulter votre médecin traitant au plus tôt. Votre médecin vous aidera alors à identifier s’il peut ou non s’agir d’une allergie et vous orientera vers un allergologue.

L'allergologue pourra, grâce à un interrogatoire précis et divers tests, identifier le ou les allergène(s) responsable de votre (vos) allergie(s). Il vous donnera ainsi le traitement adapté.

Si le dialogue n’est pas possible - refus d'envoyer chez un allergologue, refus de prescrire des tests, par exemple sous prétexte que l’enfant serait trop jeune (et oui, cela arrive encore régulièrement  d’après les témoignages reçus !) - insister pour être orienté vers un spécialiste ; à noter, certains sont plus particulièrement expert en allergies alimentaires, d'autres en allergies respiratoires, etc, etc.

Il faut savoir que sur certains points, les médecins ne sont pas toujours d’accord entre eux. Certains sont plus enclins à pratiquer rapidement des tests ...alors que d’autres préfèrent utiliser d’abord un traitement qui soignent les symptômes. Le spécialiste n’hésite pas à chercher la cause.

A que âge consulter ?

Le Comité scientifique de l'AFPRAL insiste sur la réponse à donner : il n'y a pas d'âge minimum pour consulter et faire les tests de dépistage. En cas de symptômes, il ne faut pas attendre ; plus vite la cause de l'allergie sera identifiée, plus vite on pourra éviter à l'enfant les contacts avec les allergènes qui provoquent ses problèmes, permettant ainsi de le soulager et lui éviter des complications.

Voici quelques rappels du Professeur Dutau (Toulouse) lors d'un congrès du Cercle de pneumo-allergologie de langue française en 2001 :

Il n'y a pas d'âge pour prescrire des investigations allergologiques chez le nourrisson et le jeune enfant, sous réserve d'un interrogatoire précis et d'un examen clinique soigneux préalables. En effet :

  • les tests cutanés peuvent être interprétés chez plus de 90 % des bébés de moins de 6 mois ;
  • les dosages sanguins d'IgE sont réalisables à tout âge ;
  • l'allergie peut se développer très tôt dans la vie d'un enfant.

La démarche à suivre comporte alors les étapes suivantes :
- l'interrogatoire détaillé (anamnèse) des parents qui doit inclure des questions permettant d'évaluer le risque familial : y a-t-il déjà des allergies présentes dans la famille ? L'interrogatoire détaillé est suivi d'un examen complet de l'enfant ;
- les tests cutanés qui doivent inclure les allergènes les plus courants. Pour les aliments, le Pr. Dutau conseille de tester dans tous les cas l'œuf, le lait de vache, le poisson, les fruits exotiques et l'arachide ;
- les tests biologiques (analyse de sang pour doser les IgE).

Dans le cas de l'asthme le Pr. Dutau estime que les tests s'imposent devant tout asthme du nourrisson afin de préciser le diagnostic et de prévoir l'évolution. Il insiste également sur la nécessité de refaire ces tests régulièrement car les causes, tout comme les symptômes d'allergie, peuvent évoluer.

Une étape importante : l'interrogatoire

L’anamnèse, c’est-à-dire l’interrogatoire médical, demeure un outil d’investigation absolument nécessaire en allergie. Elle sert à orienter le diagnostic. Il est donc sage de noter vos observations, au fur et à mesure, pour ne rien oublier le jour de votre rendez-vous car le médecin aura certainement plusieurs questions à vous poser.

* Antécédents personnels et familiaux d’atopie :

  • asthme
  • allergie alimentaire
  • allergie médicamenteuse
  • allergie au latex
  • dermatite atopique (eczéma)
  • rhino-conjonctivite allergique.


* Description des symptômes actuels :

  • où ? (circonstances)
  • quand ?
  • y a-t-il des variations saisonnières ?
  • facteurs déclenchants ou aggravants
  • depuis combien de temps ?
  • fréquence des épisodes
  • traitement déjà essayé.


* État de santé :

  • autres maladies
  • niveau d’activité
  • suivi médical
  • hospitalisation ou consultation dans un service d’urgence
  • médicaments pris.


* Environnement (domicile et professionnel) :

  • tabagisme
  • animaux domestiques
  • tapis, meubles rembourrés, rideaux, peluches
  • plantes, moisissures.

Il faut réfléchir aussi à ce qui a changé dans la vie au moment de l’apparition des symptômes : déménagement, voyage, changement de travail, entrée à l’école... tous ces éléments peuvent orienter le diagnostic.

S’il s’agit d’une allergie alimentaire, d’autres éléments doivent être notés :

  • régime (diète) et habitudes alimentaires

  • aliment suspecté
    • quantité consommée
    • temps entre ingestion et apparition des symptômes
    • type de symptômes et durée
    • facteurs aggravants (exercice, alcool) (1)
    • répétition des symptômes avec le même aliment
    • temps écoulé depuis dernier épisode
    • médicament nécessaire

LE JOURNAL DES ALLERGIES

On réalise généralement dans ce cas ce qu’on appelle « l’enquête catégorielle alimentaire ». On demande à la personne de tenir un journal de bord pendant une à trois semaines, d’y noter tout ce qu’elle a consommé et de garder toutes les étiquettes des aliments achetés.
Les étiquettes sont importantes car parfois on n’imagine pas que tel ou tel ingrédient comme le lait, l’œuf ou l’arachide se trouve masqué dans un aliment que l’on consomme régulièrement.

EXAMEN PHYSIQUE

Le médecin s’attardera à la recherche de signes d’allergie en portant une attention particulière à l’examen des points suivants :

  • paramètres de croissance lorsqu'il s'agit d'un enfant
  • yeux, oreilles, nez et bouche
  • cardio-pulmonaire
  • abdomen
  • peau.

LES DIFFÉRENTES INVESTIGATIONS

1) Tests cutanés

Les tests cutanés d’allergie constituent une méthode économique, rapide et très précise pour détecter la présence d'anti-coprs IgE (Immunoglobulines E) spécifiques.

En pratique, on applique sur la peau de la personne une petite goutte d’un allergène afin de mettre cette substance en contact avec les tissus superficiels de la peau.

Le « prick-test » est le plus utilisé et consiste à faire pénétrer un peu d’allergène dans la peau au moyen d'une sorte d'aiguille ou stylet de plastique piqué à travers la goutte. Ce n'est pas douloureux. Le plus souvent, ce test est réalisé sur l'avant-bras ; pour les nourrissons ou très jeunes enfants, dans le dos.

Pour en savoir plus, visionnez la vidéo sur les pricks tests et patchs réalisée par le Dr Quequet :

Les gouttes d’antigènes sont déposées sur l’avant-bras ou dans le dos et la réaction se lit après 10- 20 minutes. On note la taille de la papule (œdème = gonflement de la peau) et l’érythème (rougeur).

S’il y a allergie, la personne testée ressent très rapidement une démangeaison localisée à l’endroit où l’allergène responsable a été déposé.

Les symptômes disparaissent rapidement dans les heures qui suivent selon l’importance de la réaction. Il est très important d’avoir cessé de prendre tout anti-histaminique au moins une semaine avant les tests.

CAS PARTICULIERS DE LA DERMATITE ATOPIQUE

Le SCORAD (score global de gravité de la dermatite atopique)  est un outil très utile pour le médecin, surtout pour le suivi des patients et les études cliniques, car il permet de préciser la gravité d’une dermatite atopique. Les critères objectifs consistent à déterminer l’étendue des lésions puis à évaluer l’intensité de l’érythème, œdème/papulation, suintement/croûtes, excoriation (grattage), lichénification (lésions chroniques) et sécheresse de la peau non atteinte. Les critères subjectifs tiennent compte de la diminution de sommeil et du prurit (démangeaison).

Les tests épicutanés (« patch-tests ») servent à dépister une allergie de contact, c’est-à-dire une réaction qui se produit sur la peau au contact d’un allergène. On utilise pour cela plusieurs bandes d’adhésifs sur lesquelles ont été appliquées des pastilles contenant divers allergènes. Ces adhésifs sont fixés sur la peau et, après 48 heures, on observe s’il y a eu une réaction. Les tests épicutanés doivent être réalisés en dehors d’une poussée allergique et nécessitent également l’arrêt des médicaments corticoïdes.

Si vous soupçonnez une allergie de contact, il est indispensable de noter tous les produits que vous suspectez (cosmétiques, tissus, métaux, produits d’entretien...) et de les signaler au médecin afin qu’il puisse les tester.

Cas particulier des aliments

Les tests cutanés aux aliments sont exécutés à l’aide d’extraits commerciaux, fabriqués par des laboratoires spécialisés et disponibles sous forme de liquide. Pour les aliments moins communs, ou si un doute persiste, l’emploi d’aliments frais, aussi appelés « aliments natifs », est une méthode plus fiable, particulièrement pour les fruits et légumes.

Les tests cutanés sont faits, de préférence, lorsqu’il y a une histoire suggérant une allergie alimentaire.
Les tests aux aliments par dépistage, sans histoire médicale, peuvent mener à un grand nombre de faux positifs ou rendre complexe l’interprétation des résultats. En effet, un test cutané positif à un aliment avec une histoire médicale (réactions allergiques déjà connues) confirme une allergie dans plus de 90 % des cas, tandis qu’un test cutané négatif, avec une histoire médicale, élimine l’allergie d’origine IgE dans plus de 95 % des cas. Cependant, s’il y a test cutané positif, alors qu’il n’y a jamais eu de réaction allergique, il y a une chance sur deux pour que l’allergie soit inexistante, d’où la nécessité d’utiliser les tests de provocation.

2) Tests de provocation

Le principe des tests de provocation est de reproduire les symptômes de la réaction allergique en mettant le patient en contact avec l’allergène suspecté.

Test de provocation labiale

Sous surveillance médicale, on applique un morceau d’aliment frais sur la lèvre pendant 15 minutes puis on observe s’il y a réaction d’œdème, rougeur, ou démangeaison.

Test de provocation orale

Tel qu’expliqué précédemment, les tests cutanés ne sont pas fiables à 100 % surtout si l’histoire est douteuse.
On aura donc recours au test de provocation pour confirmer ou infirmer le diagnostic. Il est d’ailleurs considéré comme l’étalon or du diagnostic d’allergie alimentaire.
Il s’agit de présenter au patient, idéalement de façon aveugle, une petite quantité de l’aliment suspecté et d’observer, dans un délai de 20-30 minutes, l’apparition de symptômes.

Si c’est positif, on arrête immédiatement la procédure sinon, on augmente progressivement la quantité d’allergènes jusqu’à offrir l’aliment entier.
Ce test doit absolument être fait sous surveillance médicale car il comporte un risque de réaction nécessitant la présence de personnel qualifié et la mise à disposition de matériel approprié.

Test de provocation bronchique

Ce test est utilisé pour le diagnostic d’asthme. On doit faire inhaler au patient une quantité progressive de métacholine et évaluer par la suite sa fonction pulmonaire. Durant les épreuves de fonction respiratoire, on évalue aussi la réponse aux bronchodilatateurs. On peut aussi soumettre la personne à un exercice physique pour le diagnostic d’asthme d’effort.

3) Tests sanguins

IgE totaux

Les IgE (Immunoglobulines E) sont les anticorps impliqués dans les réactions allergiques. Leur présence en grande quantité peut témoigner d’une pathologie allergique.
Cependant, ils sont peu spécifiques et peuvent aussi se trouver en quantité élevée dans d’autres maladies. Ils permettent de préciser l’existence d’une atopie mais ne peuvent, seuls, orienter sur le diagnostic précis.

IgE spécifiques

Les tests sanguins in vitro, de type RAST (Radio Allergo Sorbant Test) consistent à faire une prise de sang et déterminer si le sérum contient des anticorps spécifiques de l’allergie et contre quels allergènes ils sont orientés. Il n’est pas nécessaire d’être à jeun. Ces tests offrent un avantage si le patient a des lésions étendues de la peau ou s’il utilise des anti-histaminiques de façon chronique. Les résultats sont plus longs à obtenir que les tests cutanés immédiats, plus coûteux.

Attention ! Les tests d’allergie devront être refaits à intervalles plus ou moins réguliers en fonction de l’évolution des symptômes. L’allergie évolue avec le temps. De nouveaux allergènes peuvent apparaître et, à l’inverse, on peut devenir tolérants à des allergènes, notamment alimentaires, qu’on ne supportait pas. Le médecin appréciera à quel rythme les tests doivent être répétés.



(1) Il faut savoir que le sport, l’alcool peuvent augmenter la réaction allergique : on a l’habitude de manger tel  aliment sans problème mais si on fait du sport juste après, on réagit...
(2) c.-à-d. qu’on met de l’histamine qui provoque normalement systématiquement une réaction, même en cas de non-allergie ; cela permet de comparer et d’évaluer l’intensité de la réaction à l’allergène testé par ailleurs.